Auteur: laurent lippa (laurentlippa@hotmail.fr)
Date: Wed May 16 2007 - 14:06:57 CEST
Du Complete Amber Sourcebook, la traduction de l'article Joyau du Jugement
Le Joyau du Jugement
Il s’agit du puissant artefact hautement prestigieux que Dworkin a utilisé
pour créer la Marelle, établissant de ce fait l’Ordre et organisant
l’univers en un cosmos tel que nous le connaissons. Un Initié de la Marelle
peut devenir accordé au Joyau du Jugement en traversant une autre fois la
Marelle avec le Joyau sur soi. Cet accord donne au bénéficiaire de
nombreuses facultés uniques. Parmi elles se trouve la capacité de modifier à
grande échelle les conditions climatiques, même dans une région assez
éloignée en Ombre. Celui qui est accordé peut aussi concevoir et réaliser
une nouvelle Marelle qui reflétera dans sa composition sa propre psyché.
On sait aussi que le Joyau est en réalité l’Oeil du Serpent du Chaos. D’une
manière confidentielle, la Licorne a volé l’Oeil du Serpent en des temps
immémoriaux. D’aucuns disent qu’au contraire ce fut de façon spectaculaire
l’aboutissement de l’affrontement primordial entre les deux Puissances. Au
cours des hostilités et de l’escalade de violence entre les deux Puissances,
le Joyau est devenu un enjeu stratégique âprement disputé par les deux
camps. Ce conflit a affecté plusieurs peuples natifs des Ombres aussi bien
que les populations résidant aux deux pôles de l’existence. Afin de placer
le Joyau hors d’atteinte des Puissances, Dworkin a pratiqué une opération
chirurgicale sur l’orbite d’une jeune femme venue de l’Ombre Begma et a fait
du Joyau du Jugement un implant faisant office de prothèse oculaire.
Le joyau possède l’aspect d’un pendentif orné d’un rubis, serti dans un
emplacement en or pur, et suspendu à une lourde chaîne en or blanc. Dworkin
a confié le Joyau à son fils Obéron, comme symbole royal de sa souveraineté
et des fonctions inhérentes à sa dignité suprême. Quand Fiona était encore
toute jeunette, elle passait beaucoup de temps dans les ateliers de Dworkin
à apprendre sous son patronage, ce qui lui a permis de connaître certaines
des propriétés du Joyau.
Elle raconta à son frère Corwin :
« Je suis certaine que ses blessures et sa fatigue générale ont contribué à
sa mort, mais je suis persuadée que c’est la Pierre qui est intervenue.
_ Pourquoi le penses-tu ?
_ À cause de certaines choses que Dworkin m’a dites quand j’étudiais avec
lui… et en conséquence, d’autres choses que j’ai observées ensuite. Il
m’avait donné à entendre que tout en conférant des capacités inhabituelles,
la Pierre organique puisait également dans la vitalité de son maître. Plus
longtemps tu la portes, et plus elle prend de ton être. J’ai donc fait très
attention et j’ai remarqué que Père ne la portait que rarement et ne la
gardait jamais très longtemps sur lui. » (Le Signe de la Licorne 130)
Pour les fils et filles d’Obéron, le Joyau était un artefact tout à fait
mystérieux, et personne n’était dans le secret quant à ses origines.
Pourtant, ceux qui étaient fortement intrigués par celui-ci finirent par
apprendre que le Joyau précédait dans l’ordre des événements la création de
la grande Marelle d’Ambre, et que le Joyau était encore une octave
supérieure à la Marelle : « Passer la Marelle, physiquement, exige une perte
massive de nos énergies. Mais le Joyau, disait-il, représente encore une
octave supérieure de la même chose, et celui qui l’emploie paie un prix à la
puissance N. » (Le Signe de la Licorne 131) Grâce aux documents des Archives
Royales qui ont été divulgués au public, nous pouvons établir les propriétés
du Joyau telles qu’elles ont été mises à profit par les Initiés de la
Marelle qui ont porté cet objet de pouvoir. Les voici énumérées dans les
assertions suivantes :
1) Maîtrise des Conditions Atmosphériques et Environnementales
Il s’agit de la fonction la plus évidente du Joyau, et celle qui est la plus
facilement utilisée une fois l’Initié accordé au Joyau. Dans ses Chroniques,
Corwin déclarait : « La maîtrise des phénomènes climatiques était une
démonstration presque secondaire mais il est vrai spectaculaire d’un
ensemble sophistiqué de principes qui sous-tendent la Marelle, les Atouts,
et l’intégrité physique d’Ambre elle-même. » (Le Signe de la Licorne 59) En
conséquence, un Initié peut affiner cette fonction pour développer, diriger
et contrôler une manifestation atmosphérique pour finalement toucher une
cible spécifique. Eric l’Usurpateur avait ainsi placé des pluies
torrentielles et des tempêtes d’une violence inouïe sur la route de Bleys et
de Corwin alors qu’ils traversaient les Ombres avec leurs troupes au cours
de leur approche d’Ambre (Les Neuf Princes d’Ambre 136). Brand avait lui
choisi de créer des éclairs d’un danger mortel contre les Ambriens lors de
la bataille de la Chute de la Marelle (Les Cours du Chaos 143-145). Random
avait quant à lui envoyé un unique mais parfaitement visé rayon de lumière
rouge contre une sorte de grenade qui se trouvait dans les airs, la faisant
exploser avant qu’elle ne blesse ou ne tue (Les Atouts de la Vengeance 166).
Enfin, Corwin avait fait apparaître une tornade concentrée en forme de
trombe afin de dissuader Brand de compléter le parcours de la Marelle
Primordiale (La Main d’Obéron 184).
2) Perception Sensorielle Augmentée et Affinité personnelle au Joyau
Il s’agit du cran au-dessus de l’Initiation au Joyau, que l’on atteint peu
de temps après s’être accordé avec l’artefact. Lorsque Corwin paracheva son
accord, il fit cette description :
« … et j’en sortis, j’avais traversé, c’était fini, dans une fantasmagorie
de lumière rougeâtre où je me retrouvai tenant le pendentif près de la
Marelle, regardant la pierre précieuse, avec la Marelle à l’intérieur, en
moi aussi, tout en moi, moi en elle, et le rouge s’atténuait, faiblissait,
disparaissait. Il ne restait que moi, le pendentif, la Marelle, tout seul,
et les rapports sujet-objet étaient rétablis…mais une octave plus haut, ce
qui est à mon sens la meilleure façon de m’exprimer. Car il existait à
présent une certaine empathie. C’était comme si j’eusse acquis un sens
supplémentaire, et un nouveau moyen d’expression. La sensation en était très
particulière, satisfaisante. » (Le Signe de la Licorne 67)
Fiona a elle aussi évoqué cette nouvelle perception des choses conférée par
l’Accord :
« _Que sais-tu de ses fonctions ? Lui demandai-je. Elle secoua la tête.
_ Dworkin estimait que c’était un secret d’Etat. Je sais ce qui est
évident, la maîtrise des conditions météorologiques, et j’ai déduit de
quelques observations de Père qu’elle renforce les perceptions, ou permet la
perception à un niveau supérieur. Dworkin m’en avait parlé essentiellement
pour me donner un exemple de la participation de la Marelle à tout ce qui
contribue à notre pouvoir, voire de son influence diffuse sur toutes les
formes de pouvoir liées à l’Ordre…même les Atouts comportent la Marelle, si
tu les examines de près et assez longtemps, et il l’a citée comme une
application du principe de conservation : tous nos pouvoirs spéciaux ont
leur prix. Plus grand le pouvoir, plus lourd l’investissement. » (Le Signe
de la Licorne 130-131)
Bien que Corwin n’avait pas le Joyau en sa possession à ce moment précis des
faits, alors qu’il poursuivait Brand le long des spirales de la Marelle
Primordiale, il était capable de ressentir ses forces, et, grâce à son
affinité personnelle avec l’artefact, il invoqua un phénomène qui drainait
son énergie à partir du Joyau afin de harceler Brand et le gêner dans sa
progression.
Le construct de Merlin, Roue Spectrale, parvint à s’accorder avec le Joyau
du Jugement. Roue Spectrale déclara que ses perceptions en avaient été
altérées. Et quand Merlin lui demanda si elle pouvait placer à distance sa
conscience dans la Pierre, son construct lui répondit par l’affirmative :
« _ Fascinant. Peux-tu désormais projeter ta conscience en elle quand tu le
désires ? »
_ « Oui. ».
(Chevalier des Ombres 232)
3) Distorsion de la Notion du Temps et Célérité Accrue
Ce phénomène psychologique et physiologique intervient dès lors qu’un Initié
porte le Joyau du Jugement pendant une durée étendue. Il faut compter sur
Fiona pour une explication :
« …j’ai regroupé une quantité de choses qu’il disait, à commencer par une
observation signifiant approximativement : « Quand les gens se transforment
en statues c’est qu’ils sont au mauvais endroit ou en danger. » Je l’ai fort
questionné à ce sujet, pendant longtemps, et j’ai fini par avoir
l’impression que le premier indice montrant qu’on a porté la Pierre trop
longtemps, c’est une sorte de distorsion de la notion du temps. Il semble
que cela commence par une accélération du métabolisme, de tout, avec pour
résultat le sentiment que le monde paraît se ralentir autour de soi. Ce doit
être exténuant pour un être. » (Le Signe de la Licorne 132)
Corwin a fait l’expérience de cet effet immédiatement après avoir quitté la
Bibliothèque du Palais où il avait convoqué une réunion de Famille. Il était
avec Random en train de gravir les marches d’un escalier et Random trouvait
difficile d’aller aussi vite que lui. Alors qu’il cherchait sa clé pour
déverrouiller la porte d’entrée de sa suite, la clé glissa et tomba. Il
l’attrapa au vol juste avant qu’elle ne touche le sol tout en notant qu’elle
était tombée plus lentement qu’elle n’aurait dû le faire en temps normal. A
l’intérieur d’une des chambres de ses appartements, ses réactions se
révélèrent bien plus vives que les actions d’un assassin entré par
effraction, ce qui le sauva probablement d’une mort certaine lorsqu’un
couteau s’enfonça dans son torse, ratant son cœur de bien peu. Parce que les
mouvements de Corwin s’exécutaient à une vitesse phénoménale, il avait pu
dévié l’arme de son assaillant, sans pour autant empêcher la lame de
déchirer les chairs de son abdomen. Sa vitesse inattendue l’avait également
prévenue d’un autre coup fatal.
4) Protection de l’Intégrité de l’Initié Accordé
Un Initié qui est accordé avec le Joyau aura selon Fiona la possibilité d’
« interagir à vue avec lui, et celui-ci fera tout ce qu’il peut pour
préserver la vie de l’Accordé en danger imminent de la perdre…cependant, il
ne faut pas considérer cette intervention comme étant garantie. Un coup
porté avec suffisamment de rapidité et d’effet de surprise peut toujours
précéder la réaction du Joyau et déjouer son attention. En fait, il est
vraisemblable que l’on puisse mourir en sa présence. » (La Main d’Obéron
176) Corwin réalisa que le Joyau l’avait protégé lorsque l’assassin l’avait
attaqué avec ses dagues dans sa suite :
« Un jour, il m’avait arraché à un assaillant, avait trouvé dans mon esprit
un refuge traditionnel, mon propre lit, et m’y avait transporté. » (La Main
d’Obéron 184)
Ce fut ainsi qu’il échappa aux attaques de cet assaillant, lequel aurait
facilement terminé le travail si Corwin s’état simplement écroulé dans ses
quartiers. Même si Corwin n’avait pas consciemment souhaité agir de la
sorte, le Joyau l’avait transféré dans sa maison de New York sur Ombre
Terre, et ainsi il était hors d’atteinte de tout nouvel assaut.
Toutefois, le Joyau n’intervient que si le danger se situe très près de
l’Initié accordé.
« Je mis alors en question l’efficacité du Joyau. Il était censé me sauver
devant un péril imminent. Mais j’avais la sensation curieuse qu’il fallait
pour cela la proximité corporelle, que Brand le savait et qu’il prenait
avantage de cette particularité. Néanmoins la Pierre ne m’offrait-elle pas
quelque ressource pour contrer ses entreprises ? Il paraissait trop éloigné
pour le coup de la paralysie, mais je l’avais déjà battu une fois en
influant sur le temps. Je me demandais à quelle distance était la tempête.
Je me concentrai dans cette direction. Je compris qu’il me faudrait
plusieurs minutes dont je ne disposais pas pour établir les conditions
indispensables à attirer la foudre sur lui. Mais les vents, c’était une
autre affaire. » (Les Cours du Chaos 99)
Dworkin avait incité Merlin à s’accorder avec le Joyau comme moyen de
protection contre un adversaire plus fort : le Signe de la Marelle en
personne. Après avoir défié la Puissance de la Marelle dans sa chambre,
Merlin fut prié d’amener le Joyau dans la Caverne de Cristal. Merlin donna
cette explication dans son journal :
« Je ne pouvais cependant la conserver indéfiniment car cela aussi risquait
d’avoir des conséquences fatales. Pour cette raison, il m’avait conseillé de
m’accorder sur la gemme, comme l’avaient fait mon père et Random, puis de la
restituer. Une fois intériorisée, cette image d’un ordre supérieur serait
tout aussi efficace que le Joyau pour défendre la Marelle d’agir contre moi
» (Chevalier des Ombres 200)
Comme nous pouvons le voir, l’artefact est capable de protéger un individu
même contre la Puissance suprême de la Marelle, si besoin est.
5) Drainer de l’Energie à partir du Joyau
Lorsque l’on utilise l’artefact au cours d’une action, il est possible de
drainer une énergie nouvelle à partir du Joyau. Corwin en ressentit les
effets pendant qu’il était en train d’esquisser une nouvelle Marelle sur un
haut plateau.
« Le dessin en forme de nébuleuse-spirale devenait encore plus difficile à
inscrire dans la roche, et mes mouvements devenaient encore plus lents. Mise
à part la question de vitesse, je me remémorais mes expériences lorsque
j’avais été accordé sur la Pierre, dans cette étrange matrice
multidimensionnelle qui devait être la source même de la Marelle.
A droite…A gauche…
Sans interruption. Je me sentais léger, en dépit de l’introspection à
laquelle le me livrais actuellement, en dépit de cette délibération
intérieure qui occupait mes pensées. Une énergie sans limites paraissait
m’inonder constamment. » (Les Cours du Chaos 130)
A un autre endroit, Corwin avait lancé une pierre sans trop faire attention.
Elle semblait s’éloigner en flottant lentement. Drainant de l’énergie en
provenance de l’artefact, il exerça son influence sur la pierre, et elle
continua sa trajectoire cette fois ci à la vitesse d’un projectile. Cette
action effectuée grâce au Joyau s’était accompagnée d’un flux d’énergie qui
l’avait grandement stimulé. (Les Cours du Chaos 97 ?)
6) Manipuler la Physiologie d’Autrui
Un Initié peut affecter la motricité de gens à l’intérieur d’un rayon
d’action limité, et cela peut même fonctionner à un niveau moléculaire. La
confrontation entre Brand et Bénédict à Tir Na Nog’th illustre très bien
cette opération, au cours de laquelle Brand utilisa une propriété du Joyau
permettant de toucher les organes moteurs et le système nerveux. Il réussit
à embrouiller Bénédict pour qu’il ne remarque pas certains effets pendant
qu’il avançait jusqu’à trouver la distance idoine. Une fois que Brand,
exerçant sa volonté sur le Joyau grâce à son accord partiel, parvint à la
bonne portée, c'est-à-dire à environ trois mètres, Bénédict s’aperçut qu’il
ne pouvait plus faire le moindre geste. Il était paralysé. (La Main d’Obéron
217) Alors que Brand s’approchait de lui une dague en main, Bénédict était
désormais impuissant, incapable de riposter.
Corwin avait découvert que son affinité avec le Joyau était si puissante
qu’il pouvait en faire usage contre Brand lors de la bataille finale de la
Guerre avec les Cours du Chaos. Pendant que Brand tenait Deirdre en otage au
bord de l’Abîme, Corwin focalisait sa concentration sur le corps de Brand.
« Je tendis l’esprit et sentis la présence du Joyau. Je fermai les yeux pour
rassembler mes pouvoirs.
Brûlante. Brûlante, songeais-je. Elle te brûle, Brand. Elle fait vibrer de
plus en plus vite toutes les fibres de ton corps. Tu es sur le point de te
transformer en torche humaine… » (Les Cours du Chaos 153)
Les pouvoirs du Joyau permettaient à Corwin de manipuler l’organisation
moléculaire d’un organisme afin par exemple d’augmenter sa température
corporelle.
7) Création d’un Nouvel Univers par Inscription d’une Nouvelle Marelle
L’Accord avec le Joyau du Jugement dotera un Initié de la Marelle des
facultés décrites précédemment. En plus, bien sûr, le détenteur de
l’artefact aura la possibilité de créer une Marelle conforme à sa
personnalité, donnant ainsi naissance à un nouvel univers qui reflètera les
engrammes ou les souvenirs du créateur. (Voir Marelle de Corwin)
8) Initiation Exaltée de la Marelle conférée par un Accord Complet avec le
Joyau
Alors qu’il était étendu en train d’agoniser, Eric expliqua à Corwin en des
termes simples comment s’effectuait l’accord avec l’artefact :
« Le Joyau…, dit-il. Prends-le et va jusqu’au centre de la Marelle. Tiens-le
devant toi. Très près…d’un de tes yeux. Plonge ton regard dedans…et imagine
que c’est un lieu. Essaie de te projeter…à l’intérieur. Tu ne bougeras pas.
Mais tu y trouveras la connaissance. Après, tu sauras comment t’en servir… »
(Les fusils d’Avalon 240)
En dépit du fait qu’Eric avait des raisons compréhensibles de tromper
Corwin, et que les notes de Dworkin aient été tronquées, cette méthode
s’était révélée adéquate.
Ceux qui se sont accordés ont dits qu’ils avaient fixé longuement du regard
le Joyau, à la recherche d’une image de la Marelle en son sein. Tout
d’abord, on note une petite cassure ou comme un défaut en haut à droite par
rapport au centre. Si on se focalise dessus, alors on réalise qu’il s’agit
du point de départ de la Marelle. La réalité extérieure est laissée derrière
soi lorsque l’on voyage par l’esprit le long des circuits internes de
l’Oeil, et l’on éprouve des sensations proches de celles expérimentées lors
de la traversée de la Marelle. On peut perdre la notion du temps ou de la
conscience d’êtres à proximité quand on traverse les images situées dans le
Joyau et que l’on devient une de ces images. Une fois le point ultime
atteint, ce que l’on sait être la conclusion du processus, une vaste et
soudaine luminosité rouge et aveuglante envahit le champ de vision. Lorsque
la traversée est terminée, on se sent complètement vidé, mais on sait que
l’on est définitivement changé, que l’on a accédé à un plus haut niveau de
potentialité, à une maîtrise du pouvoir de la Marelle plus grande que celle
obtenue grâce au talent, l’entraînement, l’étude ou même l’expérience.
Merlin a également fait la description d’un autre processus d’Accord avec le
Joyau accompli après que Dworkin l’ait incité à agir en ce sens :
« Je m’assis en tailleur pour plus de confort, puis rivai les yeux sur la
gemme. Il était temps de passer aux actes et d’en finir, maintenant que je
me sentais reposé et assez alerte. Je suivis les conseils de Dworkin et
cherchai la Marelle à l’intérieur de la tache rouge.
Elle ne tarda guère à m’apparaître. Elle ne se matérialisa pas comme je
l’avais visualisée, mais mon but n’était pas de procéder à un tel exercice.
Je regardai la structure acquérir de la netteté. Elle n’avait pourtant pas
l’air d’accéder brusquement à l’existence, on aurait plutôt dit qu’elle
avait toujours été présente au cœur de la gemme et que mes yeux
s’accoutumaient simplement à la percevoir correctement. Ce qui devait
d’ailleurs être le cas.
J’inspirai à fond et soufflai. Je réitérai. Puis j’entrepris d’étudier le
motif avec minutie. Je ne me rappelais pas toutes les explications que mon
père m’avait fournies sur la façon dont on s’accordait avec la Pierre.
Lorsque j’avais abordé ce sujet avec Dworkin, il m’avait dit de ne pas m’en
préoccuper , que je n’avais qu’à localiser la représentation
tridimensionnelle de la Marelle dans la Pierre, trouver son entrée et la
traverser.
[…] Je fis lentement tourner la gemme entre mes doigts et la rapprochai de
mes yeux. Une petite fissure m’apparut dans la partie supérieure, sur la
droite. Comme je me concentrais dessus, il me sembla qu’elle se ruait vers
moi.
Je me portai à sa rencontre et y pénétrai. Etrange expérience, semblable à
un tour sur des montagnes russes, que celle consistant à suivre des lignes
semblables à celles de la Marelle à l’intérieur de la Pierre. Je me laissais
emporter là où elles m’entraînaient, tantôt en proie à une sensation de
vertige proche de l’éviscération, tantôt raidissant ma volonté contre les
parois de rubis jusqu’à ce qu’elles cèdent. Je m’élevais, tombais, glissais
ou me frayais un passage. Je ne sentais presque plus mon corps, mes doigts
crispés su la chaîne que je tenais en l’air, mais je savais que je suais
abondamment aux picotements que je ressentais dans les yeux.
J’ignore combien de temps me fut nécessaire pour m’accorder sur la Pierre du
Jugement, l’octave supérieure de la Marelle.
[…] Mon esprit plongea et opéra un rétablissement au sein de la poche de
sang que contenait la Pierre. Les segments de la Marelle que le venais de
traverser et ceux qu’il me restait à parcourir se déplaçaient autour de moi
comme autant d’éclairs. J’eus la conviction que mon esprit ne tarderait
guère à percuter un Voile invisible contre lequel il se briserait. Mes
déplacements étaient désormais incontrôlables et j’accélérais sans cesse. Je
savais qu’il me serait impossible de faire demi-tour avant d’avoir atteint
l’extrémité de ce parcours.
[…] Le présent, à présent. Je m’écoulais. Je tournoyais. Je m’immobilisais
parfois. Le fait d’avoir laissé derrière moi mon enveloppe charnelle ne me
facilitait pas la traversée de ce qui était ici l’équivalent des Voiles.
Franchir chacun d’eux m’épuisait, autant qu’un deux mille mètres réalisé en
un temps olympique. Mon esprit se scindait en différentes strates. »
(Chevalier des Ombres 198-200).
Depuis que nous avons appris que le Joyau est en fait l’Oeil du Serpent du
Logrus, notre perception de ses fonctions en a été modifiée. On ne peut que
se demander ce qu’un individu verrait si l’Oeil du Serpent lui était greffé.
Ce fut le cas pour Corail de Begma qui en fit l’expérience, et qui fort
heureusement était aussi une Initiée de la Marelle. Dworkin a assuré
l’opération chirurgicale qui a conduit à son implantation dans l’orbite vide
de Corail suite à une déflagration entre les Puissances de l’Ordre et du
Chaos. Elle fit part de ses impressions à Merlin, le Joyau remplaçant
désormais son œil manquant :
« Très bizarre, répondit-elle. Pas vraiment douloureux…Un peu comme un
contact d’Atout. Seulement c’est là en permanence, mais sans que j‘aille
nulle part ou parle à quiconque. C’est comme si je me tenais dans
l’encadrement d’une porte. Des forces passent autour de moi, à travers moi.
» (Prince du Chaos 11)
Quand Merlin exerça ses propres pouvoirs pour examiner l’Oeil, cela avait
suffit à le conduire aux premières étapes de l’Accord avec le Joyau.
Corail continue à porter le Joyau de cette étrange et contraignante façon.
Aux dernières nouvelles, elle se trouve avec ses compagnons d’aventure sur
le site de la nouvelle Marelle établie par Corwin. Avec ce fabuleux artefact
toujours avec elle, et qui fait toujours partie intégrante d’elle-même, il
est très intriguant d’envisager ce qui se passerait si Corail testait le
Joyau plus avant et quels seraient les autres pouvoirs qui en seraient
révélés. En un certain sens, l’Accord de Corail est le plus grand jamais
réalisé. Assurément, cela la protègera d’une quantité d’attaques, même
celles dont le Serpent ou à la Licorne sont les instigateurs.
Si elle parvient à acquérir une maîtrise confirmée de l’appareil, Corail
pourrait transcender toutes les forces précédemment connues et identifiées.
DR
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