[ambre] Epée de l'Eclipse de Bleys

Auteur: laurent lippa (laurentlippa@hotmail.fr)
Date: Fri Jan 05 2007 - 18:40:00 CET


>Yet another Amber revelation/question: How many swords bearing portions of
>the Pattern ARE there?

>Related question: since we know that Grayswandir and Werewindle are
>actually spikards, is there ever any mention of how many spikards there are
>in existence?

>BUT, when Corwin trumps to Bleys in Nine Princes in Amber, Corwin mentions
>Bleys having a similar sword. So that's at least 3. If Grayswandir and
>Werewindle are the Night and Day swords, what is Bleys'?

>Maybe it's the 'solar eclipse' sword, i.e., the night-in-day sword :)

>autant on est sûr que Greyswandir correspond au Reflet de Tir autant on
>ne sait pas à 100% si Werewindle correspond à Rebma ; enfin j'ai vu sur un
>groupe de discussion US quelqu'un qui proposait le nom d'une troisième épée
>marelle, en possession de Bleys : ni l'Epée du Jour, ni l'Epée de la Nuit
>mais "l'Epée de l'Eclipse" !!! en rapport avec le Reflet sous-terrain !!!

Voici un poème allemand de Jean Paul Richter traduit par Gérard de Nerval :

L’éclipse de lune

Aux plaines de la lune éclatante de lis, habite la mère des hommes, avec ses
filles innombrables, dans la paix de l’éternel amour. Le bleu céleste qui
flotte si loin de la terre repose étendu sur ce globe, que la poussière des
fleurs semble couvrir d’une neige odorante. Là règne un pur éther que ne
trouble jamais le plus léger nuage. Là demeurent de tendres âmes que la
haine n’a jamais effleurées. Comme on voit s’entrelacer les arcs-en-ciel
d’une cascade, ainsi l’amour et la paix les confondent toutes en une même
étreinte. Mais, quand dans le silence des nuits notre globe vient à se
montrer étincelant et suspendu sous les étoiles, alors toutes les âmes qui
déjà l’ont habité dans la douleur et dans la joie, pénétrées d’un tendre
regret et d’un doux souvenir, abaissent leurs regards vers ce séjour, où des
objets chéris vivent encore, où gisent les dépouilles qu’elles ont naguère
animées ; et si, dans le sommeil, l’image radieuse de la terre vient
s’offrir encore de plus près à leurs yeux charmés, des rêves délicieux leur
retracent les doux printemps qu’elles y ont passés, et leur paupière se
rouvre baignée d’une fraîche rosée de larmes.

Mais, dès que l’ombre du cadran de l’éternité approche d’un siècle nouveau,
alors, l’éclair soudain d’une vive douleur traverse le coeur de la mère des
hommes ; car celles d’entre ses filles chéries qui n’ont point encore habité
la terre, quittent la lune pour aller vêtir leurs corps, aussitôt qu’elles
ont ressenti le froid engourdissement que projette l’ombre terrestre ; et la
mère pleure en les voyant partir, parce que celles qui seront restées sans
tache reviendront seules à la céleste patrie… Ainsi chaque siècle lui coûte
quelques-uns de ses enfants, et elle tremble, lorsqu’en plein jour notre
globe ravisseur vient comme un lourd nuage masquer la face du soleil.

L’ombre de l’éternel cadran approchait du XVIIIe siècle, notre terre allait
passer, toute sombre, entre le soleil et la lune ; et déjà la mère des
hommes, interdite et profondément affligée, pressait contre son coeur celles
de ses filles qui n’avaient point encore porté le vêtement terrestre ; et
elle leur répétait en gémissant : « Oh ! ne succombez pas, mes enfants
chéris ! Conservez-vous purs comme des anges, et revenez à moi ! » Ici,
l’ombre marqua le siècle, et la terre couvrit le soleil entier ; un coup de
tonnerre sonna l’heure ; une comète à l’épée flamboyante traversa
l’obscurité des cieux, et, du sein de la voie lactée, qui tremblait, une
voix s’écria : « Parais, tentateur des hommes ! car l’Éternel envoie à
chaque siècle un mauvais génie pour le tenter. »

À cet appel terrible, la mère et toutes ses filles frémirent à la fois, et
ces âmes tendres fondaient en larmes, même celles qui avaient déjà habité la
terre et en étaient revenues avec gloire. Soudain le tentateur, du sein de
l’obscurité, se dressa sur notre globe ainsi qu’un arbre immense, puis, sous
la forme d’un serpent gigantesque, leva sa tête jusqu’à la lune, et dit : «
Je veux vous séduire. »

C’était le mauvais génie du XVIIIe siècle.

Les lis de la lune inclinèrent leurs corolles, dont toutes les feuilles
flétries se répandirent à l’instant ; l’épée de la comète flamboya en tous
sens, comme le glaive de la justice s’agite de lui-même en signe qu’il va
juger ; le serpent, avec ses yeux cruels, dont le trait tue les âmes, avec
sa crête sanglante, avec ses lèvres qu’il lèche et qu’il ronge sans cesse,
abattit sa tête sur le délicieux Éden, tandis que sa queue, avide de
dommage, fouillait sur la terre le fond d’un tombeau. Au même instant, un
tremblement de notre globe fait tournoyer ses anneaux fugitifs, et des
vapeurs empoisonnées transpirent de son corps, chatoyantes et lourdes comme
un nuage qui porte la tempête. Oh ! c’était celui-là qui longtemps
auparavant avait séduit la mère elle-même. Elle détourna les yeux ; mais le
serpent lui dit : « Ève, ne reconnais-tu pas le serpent ? Je veux t’enlever
tes filles, Ève ; je rassemblerai tes blancs papillons sur la fange des
marais. Soeurs, regardez-moi, n’ai-je pas tout ce qu’il faut pour vous
séduire ? » Et des figures d’hommes se peignaient dans ses yeux de vipère,
des bagues nuptiales éclataient dans ses anneaux, et des pièces d’or dans
ses jaunes écailles. « C’est avec tout cela que je vous ravirai la vertu et
le divin séjour de la lune. Je vous prendrai dans des filets de soie et dans
des toiles d’étoffe brillante ; ma rouge couronne aura pour vous des
attraits, et vous voudrez vous en parer ; j’irai d’abord m’établir dans vos
coeurs, je vous parlerai, je vous louerai ; puis je me glisserai dans une
bouche d’homme, et j’affermirai mon ouvrage ; puis je darderai ma langue sur
la vôtre, et elle sera tranchante et pleine de poison. Enfin, c’est quand
vous serez malheureuses ou sur le point de mourir, que j’abandonnerai votre
coeur aux traits acérés et brûlants d’un remords inutile. Ève, reçois encore
mon adieu ; tout ce que j’ai dit, elles l’oublieront heureusement avant leur
naissance. »

Les âmes qui n’étaient pas nées, effrayées de voir si près d’elles
l’épouvantable arbre du mal et ses vapeurs empoisonnées, se cachaient, se
pressaient en frissonnant les unes contre les autres ; et les âmes qui
étaient remontées de la terre pures comme le parfum des fleurs, agitées
d’une douce joie, d’un frémissement qui n’était pas sans charme, au souvenir
des dangers qu’elles avaient vaincus, s’embrassaient toutes en tremblant.
Ève pressait étroitement sur son coeur Marie, la plus chère de ses filles,
et, s’agenouillant, elles levèrent au ciel des yeux suppliants et baignés de
larmes : « Dieu de l’éternel amour, prends pitié d’elles ! » Cependant, le
monstre dardait sur la lune sa langue, effilée et divisée en deux
aiguillons, comme les pinces d’un crabe ; il déchirait les lis, il avait
déjà fait une tache noire sur la surface de la lune, et il répétait toujours
: « Je veux les séduire. »

Tout à coup, un premier rayon du soleil s’élança derrière la terre qui se
retirait, et vint colorer d’un éclat céleste le front d’un grand et beau
jeune homme qui était demeuré inaperçu au milieu des âmes tremblantes. Un
lis couvrait son coeur, une branche de laurier verdissait sur son front,
entrelacée de boutons de rose, et sa robe était bleue comme le ciel ; de ses
paupières, mouillées de douces larmes, il jeta un regard d’amour sur les
âmes troublées, comme le soleil abaisse sur l’arc-en-ciel un rayon de
flamme, et dit : « Je veux vous protéger. » C’était le génie de la religion.
Les anneaux ondoyants du monstre se déroulèrent à sa vue, et il demeura
pétrifié, tendu de la terre à la lune, immobile, tel qu’une sombre
poudrière, silencieux asile de la mort.

Et le soleil rayonna d’un éclat plus vif sur le visage du jeune homme, qui
leva les yeux à la voûte étoilée et dit à l’Éternel :

« Ô mon père ! je descends avec mes soeurs au séjour de la vie, et je
protégerai toutes celles qui me resteront fidèles. Couvre d’un beau temple
cette flamme divine : elle y brûlera sans le dévaster et sans le détruire.
Orne cette belle âme du feuillage des grâces terrestres ; il en protégera
les fruits sans leur nuire par son ombre. Accorde à mes soeurs de beaux yeux
; je leur donnerai le mouvement et les larmes. Place dans leur sein un coeur
tendre ; il ne périra pas sans avoir palpité pour la vertu et pour toi. La
fleur que mes soins auront conservée pure et sans tache se changera en un
beau fruit que je rapporterai de la terre ; car je voltigerai sur les
montagnes, sur le soleil et parmi les étoiles, afin qu’elles se souviennent
de toi et pensent qu’il y a un autre monde que celui qu’elles vont habiter.
Je changerai les lis de mon sein en une blanche lumière, celle de la lune ;
je changerai les roses de ma couronne en une couleur rose, celle des soirées
du printemps ; et tout cela leur rappellera leur frère ; dans les accords de
la musique, je les appellerai, et je parlerai du ciel où tu habites à tous
les coeurs sensibles à l’harmonie ; je les attirerai vers moi avec les bras
de leurs parents ; je cacherai ma voix dans les accents de la poésie, et je
m’embellirai des attraits de leurs bien-aimés. Oui, elles me reconnaîtront
dans les orages de l’infortune, et je dirigerai vers leurs yeux la pluie
lumineuse, et j’élèverai leurs regards vers le ciel d’où elles viennent et
vers leur famille. Ô mes soeurs chéries, vous ne pourrez méconnaître votre
frère, quand, après une belle action, après une victoire difficile, un désir
inexplicable viendra dilater votre coeur ; lorsque, durant une nuit étoilée,
ou à l’aspect de la rougeur éclatante du soir, votre oeil se noiera dans les
torrents de délices, et que tout votre être se sentira élevé, transporté… et
que vous tendrez les bras au ciel, en pleurant de joie et d’amour. Alors je
serai dans vos coeurs tout entier, et je vous prouverai que je vous aime et
que vous êtes mes soeurs. Et, quand, après un sommeil et un rêve bien
courts, je briserai l’enveloppe terrestre, j’en détacherai le diamant divin,
et je le laisserai tomber comme une goutte éclatante de rosée sur les lis de
la lune.

« Ô tendre mère des hommes, porte sur tes filles des regards plus calmes et
quitte-les moins tristement ; la plupart reviendront à toi ! »

Le soleil avait reparu tout entier : les âmes qui n’étaient pas nées se
dirigèrent vers la terre, et le génie les y suivit. Et, à mesure qu’elles
approchaient de notre globe, un long flot d’harmonie traversait l’espace
azuré. Ainsi, lorsque, pendant les nuits d’hiver, les blancs cygnes voyagent
vers des climats plus doux, ils ne laissent sur leur passage qu’un murmure
mélodieux.

Le monstrueux serpent, tel que l’immense courbe que trace une bombe
enflammée, retira à lui ses anneaux en se repliant sur la terre ; ce ne fut
plus bientôt dans l’espace qu’une couronne foudroyante ; puis, ainsi qu’une
trombe va se briser sur le vaisseau qu’elle menaçait, il s’abattit avec
bruit, déroula de toutes parts ses mille orbes et ses mille plis, et en
enveloppa à la fois tous les peuples du monde. Et le glaive du jugement
s’agita de nouveau ; mais l’écho du voyage harmonieux des âmes vibrait
encore dans les airs.

DR

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